Culture "non-essentielle". Soutien à celles et ceux qui font et diffusent la culture, empêchés de travailler.

L’étalonneur

Nous sommes à la fin de la post-production, le montage est terminé. Voilà plusieurs mois voir plusieurs années que le projet se développe pour bientôt être porté aux regards du public. Cependant tout n’est pas terminé car il manque encore l’étalonnage pour donner aux images leur rendu final.

Avant le tournage

Si l’étalonnage en tant que tel a lieu à la toute fin du processus de fabrication du film, l’étalonneur intervient pourtant en amont du tournage.

Il est choisi, c’est selon, par le producteur, le réalisateur ou le directeur de la photographie. C’est avec ce dernier que l’étalonneur va penser et définir le “workflow” qui déterminera le processus de création et de traitement des images durant toute la fabrication du film.

Comprenons par là, en nous épargnant des détails techniques pointus, que vont être choisis le modèle de caméra, les formats sous lesquels seront enregistrés les images (donc le traitement numérique qui leur sera appliqué) jusqu’au logiciel d’étalonnage qui sera utilisé à la fin. Car oui, tous les modèles de caméra n’ont pas les mêmes rendus. C’est du à leurs capteurs qui n’ont pas tous la même sensibilité tant aux niveaux des couleurs que de la luminosité (entre autres), mais aussi du traitement numérique qu’applique la caméra avant d’enregistrer les rushes sur une carte ou un disque dur, notamment la compression.

L’étalonneur va aussi participer à la création d’une LUT (acronyme pour Look Up Table). Ce procédé consiste à appliquer une conversion numérique au signal vidéo de manière à obtenir un aperçu du rendu final qu’aura l’image et ce au moment même du tournage. Comme ce traitement ne s’applique qu’au signal vidéo, il permet de ne pas modifier et donc de ne pas endommager le fichier source produit par la caméra. Cette technique est utilisée car le fichier source a un rendu dit “flat”, c’est à dire avec très peu de contrastes et des couleurs désaturées. Cette LUT pourra aussi, mais c’est pas obligé, servir de base pour l’étalonnage.

Tous ces choix qui doivent être faits sont orientés par la volonté du réalisateur qui, en collaboration avec son directeur de la photographie, aura précisé du mieux possible le rendu qu’il souhaite obtenir dans le résultat final.

L’étalonnage

L’étalonnage proprement dit va consister à donner à l’image son rendu final. Comme dit plus haut, l’étalonneur va intervenir sur le montage définitif, à peu près en même temps que le mixage sonore. Le film est alors quasiment terminé.

Les conditions de travail sont importantes : l’idée est d’étalonner dans les mêmes conditions que celles dans lesquelles le spectateur découvrira le film. L’étalonneur va donc travailler de préférence dans un environnement sombre, avec les images vidéo-projetées sur un grand écran. L’obscurité permet d’éviter les lumières parasites (il s’agit de travailler l’image elle-même tout de même) et la taille de l’écran a son importance : elle permet d’être plus attentif aux détails, notre œil ne se déplace pas de la même manière sur un écran de 6 mètres de large que sur celui de la taille d’un smartphone.

Pour faire son travail, l’étalonneur va utiliser des logiciels tels que Baselight, DaVinci ou Resolve. Si ces outils offrent globalement les mêmes possibilités, chaque étalonneur choisira celui qui lui semblera le plus adapté à son projet.

Il doit également s’assurer que tout le matériel qui permet l’étalonnage (moniteur, vidéoprojecteur, console) soient calibrés sur des normes précises, communes à toute l’industrie, qui permettent ensuite de produire un DCP (un format) lisible de la même manière par les vidéoprojecteurs de cinéma du monde entier.

Concrètement, l’étalonneur va intervenir sur différentes caractéristiques de l’image:

  • Le contraste, c’est à dire l’écart entre la partie la plus lumineuse et la partie la plus sombre d’une image.
  • La luminosité, la quantité de lumière émise par l’image, qui peut varier d’un pixel à l’autre.
  • Les couleurs et leur saturation, c’est à dire leur intensité.

Ceci permet de réajuster des teintes de peaux, travailler des raccords ou même corriger des détails de l’image. C’est le travail de l’étalonneur, en complément de celui du directeur de la photographie, qui va donner au film son ambiance visuelle.

Une philosophie de travail

La sensibilité de chaque étalonneur est déterminante pour le rendu final. A chacun correspondra un étalonnage différent.

Cependant, ce n’est pas à lui de recomposer intégralement la lumière d’une image. Son travail consiste à saisir les intentions du directeur de la photographie et du réalisateur et à aller dans leur sens. Si ces derniers ont choisi de faire une image bleue, son travail sera de trouver le meilleur bleu possible en tirant le meilleur parti de ses compétences techniques et des outils qu’il utilise. Cela ne l’empêche pas de faire des propositions, lesquelles seront ensuite acceptées ou pas par le directeur de la photographie et le réalisateur. C’est en cela que son métier comporte aussi une dimension créative.

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Publié le 17 janvier 2021.

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